2ème extrait :
En ce mois de Novembre 1941, sont déjà installés dans la demeure de la famille
Chomel louée par les Liébard chemin de Champvert à Lyon, les premiers piliers d’un édifice collectif que l’ancien assistant du maître de chapelle de la Cathédrale de Dijon a choisi de mettre en
place en ces temps troubles, dans une zone qui n’a de libre que le nom.
Dans cette zone qui n’est pas encore occupée à l’automne 41, l’objectif que Louis Liébard s’est assigné en créant les Compagnons de la
Musique est d’enseigner le solfège à des jeunes et de leur faire étudier le chant et l’art scénique dans le cadre d’une expérience communautaire. Ne s’agit-il pas aussi, parallèlement à un
objectif d’éducation parfaitement défini par le Gouvernement de Vichy, de réhabiliter la vieille chanson populaire traditionnelle et les vieux airs folkloriques du pays ? Avec l’aide de
Maurice Meyer (baryton), de Roger Hermann (basse), de Jean Verline (ténor) avec lesquels il travaille déjà depuis quelques mois (voir photo où ils jouent tous de la flûte), il travaillera à un
nouveau concept, celui de la chanson animée, faisant en sorte de compléter la partie vocale par un jeu de scène visuel et collectif où tout sera démultiplié, les réactions comme les
effets.
Marc Herrand a parlé à cet égard de révolution menée dans la chanson folklorique française. Ce vaste projet mené avec l’aide d’André
Cruiziat, l’un des fondateurs des nouveaux Compagnons de France, s’appuiera sur la création d’une équipe de démonstration devenue opérationnelle à partir de l’été 1942 après six mois de
répétitions. Elle fera la réputation et la renommée des Compagnons de la Musique avant, quelques années plus tard, de servir de tremplin à huit garçons désireux de conquérir le monde qui
deviendront célèbres sous le nom de Compagnons de la Chanson.
Que sait-on à propos de Louis Liébard ?… On sait que l’homme
s’est évadé au début de l’année 1941 d’un train de marchandises en gare de Nancy et, peu de temps après, qu’il est parvenu à créer au sein de l’association Jeune France une première équipe
d’expression musicale...
Les répétiteurs et moniteurs dont il s’est entouré, sont pour certains d’entre eux déjà rompus au domaine musical et au chant. Maurice
Meyer qui passe pour être le plus ancien de ceux-ci, pratique déjà l’art de la musique depuis quelques temps. Tout comme Roger Hermann, Jean Verline, l’accordéoniste François Miellot fasciné par
la lutte, dont on a dit qu’il était plus expert en prises de terre qu’en clés de sol. Professeurs de mime, de danse ou d’instruments, ils logeront au premier étage de la Villa avec la famille
Liébard bien avant les premiers élèves mais rarement en même temps tous les quatre. S’ajoutent à la petite équipe, un cuisinier, son aide, un intendant et… Madame Liébard, l’épouse du maître
des lieux...
Passionné par le chant choral et l’harmonie, Louis Liébard a certes profité de la volonté de Vichy de promouvoir la culture pour
imposer un projet qui lui permettait d’éduquer des jeunes sans grands moyens. Mais il a su, aussi, y apporter une vision novatrice. Il manquait une structure pour les accueillir, il en a créé une
et, on le verra, ils seront quelques-uns à se succéder chez lui dans cette Villa du Point du Jour. Une sorte d’îlot préservé dans la région lyonnaise où on avait le sentiment que rien de fâcheux
ne pouvait arriver. Ils seront une quinzaine à en bénéficier à partir de décembre 1941.
A SUIVRE
Jean-Jacques BLANC
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